Extrait 2 : Livre ouvert d’une jeune femme à roulettes

Extrait 2 :

(…) Quand les stagiaires que j’avais apprécié finissaient leur stage, il m’arrivait de verser des larmes. Ils avaient illuminé mes semaines, changé mon quotidien et je ne pouvais m’imaginer leur départ. Certaines stagiaires apportaient des boissons, d’autres apportaient des gâteaux, tellement succulents ! Une grosse bise à chacun, leur souhaitant bonne continuation, avec une petite adresse mal en supplément. Ils remerciaient chaleureusement leur kiné référent. Une grande reconnaissance était apparente dans leur regard.
J’étais de mon côté convaincue que je leur avais ouvert les yeux sur le handicap. Nous, personnes handicapées, avons un handicap mais ce n’est pas cela qui définit toute notre personne. Je ne leur avais jamais dit ça, mais rencontrer des stagiaires masculins m’a conforté dans l’idée que je ne serai jamais avec un handicapé, physique du moins. Quand ils me mobilisaient les bras et les jambes, je prenais conscience de certaines limites physiques. Ça peut sembler discriminatoire mais ce n’est pas mon but. C’est juste pratique. Je sais, dans ce cas on me croit également discriminante puisque mon regard ne s’est fixé sur un jeune homme portant un handicap excepté Mathias avec lequel j’avais toujours vécu une relation très particulière. Une espèce « d’amour amical inconditionnel, fort ». Pour compenser, il faudrait bien un homme musclé qui se prenne pour mon sauveur!!! Si je m’imagine deux secondes avec un handicapé, je me dis qu’on finira forcément coincés physiquement, je m’imagine dans le lit en train de le regarder et de lui dire, le regard à la fois coquin et embarrassé :
– Euh ouais, on fait quoi maintenant ? (…)

Publicités